Musics

Au fait Joachim Garraud, qu’est-ce que tu deviens ?

Découvrez l’interview de Joachim pour Trax mag : http://www.traxmag.fr/itw-au-fait-joachim-garraud-quest-ce-que-tu-deviens/

À l’occasion de la sixième édition de l’Inox Park le 5 septembre, petit frère de l’Inox Festival de Toulouse mais du côté de Chatou (Yvelines), nous avons demandé à son géniteur de nous présenter ce festival qui accueillait l’année dernière plus de 20 000 personnes sur l’Ile des impressionnistes. Son nom ? Joachim Garraud, tête de gondole du courant « electro » depuis les années 90 (largement diffusé par ses podcasts ZeMIXX notamment) et acteur hyperactif (mais souvent dans l’ombre) de la musique électronique.

L’Inox Park, mais aussi son avis sur la techno et sa hype actuelle, David Guetta, le nouvel album de Jean-Michel Jarre ou encore le sien qui arrive pour décembre… Bref, où en est Joachim Garraud aujourd’hui ?

L’Inox Park, c’est ton festival à toi ?

En effet, je suis coproducteur du festival, propriétaire à 50% si l’on veut parler de propriété (l’autre moitié appartient à Inox Toulouse).

Vous fêtez la sixième édition. C’était quoi l’idée en 2010, lors de la première ?

Je voulais importer un peu tout ce que je voyais de l’étranger – puisque j’ai la chance de me produire un peu partout dans le monde, et de voir de super choses en festivals – pour les rapporter ici, en local, à Chatou.

L’idée de ce festival repose sur deux axes. Le côté festif déjà : c’est important pour moi que les gens viennent participer à une espèce de fête qui dure douze heures, en extérieur. Le deuxième axe, c’est la découverte de nouveaux talents, et de ne pas forcément faire jouer les mêmes DJ’s qui sont dans tous les festivals.

Le public français sait vraiment bien accueillir les artistes ?

Tu parles du public électronique français en général ?

Oui. Je pense qu’à partir du moment où l’on est dans une fête avec des copains, qu’on vient découvrir des styles de musiques différents, dans un cadre verdoyant et joli, je pense qu’on est dans un esprit positif. Et à l’Inox Park, c’est le cas. Un détail important : chaque année, on annonce le moins d’artistes possible, et pourtant, tous les ans, on vend plus de billets. Ça prouve qu’on nous fait confiance dans la programmation, mais surtout que l’état d’esprit festif d’Inox Park est quelque chose que les gens comprennent et viennent chercher.

inox

Revenons un peu sur le line-up. Quand je le regarde, je ne peux m’empêcher d’y voir aussi les années 2000… Les années du courant musical « electro », ce pan spatial profondément électronique dans ses sonorités que tu as largement diffusé grâce notamment à tes podcasts ZeMIXX. Je dois avouer avoir un peu de retard sur cette scène aujourd’hui, où est-ce qu’on en est ?

Il y a des scènes qui sont très actives et bougent très vite. Cette scène-là, avec Tocadisco, Julian Jewel ou Bob Sinclar, est devenue quelque chose de presque intemporelle et fait partie intégrante des festivals. C’est comme un coureur de fond, ça évolue assez peu au niveau musical, mais ça reste une valeur sûre. À côté de ça, on a des scènes plus dynamiques, avec des gens qui font une apparition éclair et dont on entendra plus parler l’année d’après. Il faut jouer avec les deux.

Est-ce que tu dirais qu’il y a eu, à un moment, une perte d’intérêt pour ce style ?

Je pense qu’à un moment, il y a eu une vulgarisation de ce style : on est passé d’un phénomène underground à ultra-commercial. On a été diffusé par toutes les radios du monde. Et quand la dénomination « EDM » est arrivée, ça a été catastrophique car tout le monde s’est retrouvé au même plan ; techno, house, electro, tout le monde dans la même famille. Il y a eu une perte d’interêt sur ce type de musique, qu’on pourrait appeler EDM.

Quand la dénomination « EDM » est arrivée, ça a été catastrophique car tout le monde s’est retrouvé au même plan.

Là où je suis fier dans la programmation d’Inox Park, c’est que les artistes sont tous différents : restez sur la même scène, vous n’allez pas entendre deux fois le même titre. C’est important parce que j’ai trop souffert de festivals où tu avais trois DJs à la suite qui jouaient exactement la même chose. Et vu que les mecs arrivaient en dernière minute et repartaient juste après jouer dans un autre pays, ils n’avaient pas du tout écouté le set précédent, et répétaient inévitablement les mêmes bootlegs, mash-up… D’un point de vue artistique, c’est catastrophique.

Laurent Garnier parle de cette starification du DJ dans son livre Electrochoc. Il dit également que la musique est un phénomène cyclique. Cette hype actuelle de la techno va bien finir par s’évanouir…

Ça commence à s’évanouir, mais c’est quand même encore très présent.

Inox Park

La hype de la techno, mais aussi un retour aux sources, avec le culte des pionniers de Détroit, ou en France avec Laurent Garnier que tout le monde idolâtre (et à juste titre !)… Et Jean-Michel Jarre qui a un nouvel album…

Oui, d’ailleurs, je suis coproducteur de l’album de Jean-Michel Jarre. J’ai participé à sa conception.

La hype de la techno commence à s’évanouir, mais c’est quand même encore très présent.

C’est toi qui as eu l’idée des collaborations ?

Certaines, des gens comme Boys Noize où je lui ai dit : « Tiens écoute ça ». D’autres, comme Tangerine Dream, c’est lui qui l’a fait parce que c’est de sa génération.

JMJ a un nouvel album, Garnier ne s’est jamais arrêté de tourner, Carl Cox non plus…  Que fait Joachim Garraud en ce moment ?

Je ne m’arrête pas non plus, je bosse avec Jarre sur son album donc, mais j’ai aussi un nouvel album qui va sortir le 1er décembre. Je reviens un peu à mes premiers amours, à quelque chose de plus dark, de plus techno. Je vais remonter 25 ans de carrière.

inox

En fait tu ne t’es jamais arrêté de bosser ?

Ce n’est pas que je ne me suis jamais arrêté de bosser, c’est plutôt que je n’ai jamais commencé puisque je me suis toujours éclaté dans mon métier. J’ai eu plein de side projects, j’ai produit pour beaucoup d’artistes, mais je ne me suis pas mis en avant…

On faisait ça pour s’éclater, et au bout de quelques années, il a fallu faire du tube.

Tu produis encore pour David Guetta ?

Non. Il y a eu un clash assez important autour de 2009-2010, on n’était plus du tout d’accord sur la direction artistique de ce qu’on avait édifié quand on a commencé à faire de la musique dans mon studio. On faisait ça pour s’éclater, et au bout de quelques années, il a fallu faire du tube. Je n’ai rien contre les musiques qui génèrent de l’argent, mais quand ça devient la priorité numéro un, qu’on s’amuse moins, quand on n’est pas deux mais plein de gens qui font marcher une compagnie avec la pression de faire des disques qui doivent passer sur NRJ… Je n’avais plus le cœur pour faire ça.

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