Interview de Slate Hemedi aka Crazy, danseur de l’Alliance Crew et de la compagnie Blanca Li

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Rapport d’interview avec Slate « Crazy » Hemedi : voici un condensé d’une discussion de plus de 50minutes où l’équipe Streetiz a eu la chance de s’entretenir avec l’un des danseurs de la troupe Elektrik de Blanca Li, et leader de l’Alliance Crew.

 

Alors que c’était la dernière semaine de représentation du spectacle Elektrik dans la salle de spectacle 13ème art à Porte d’Italie, Streetiz est allé à la rencontre de l’un des danseurs de la troupe, Crazy.

Posé dans les loges en mode interview sofa, Crazy va nous parler du spectacle, de la culture Electro, de l’actualité du crew Alliance, et nous dévoiler plusieurs exclusivités à venir prochainement.

 

 

Bonjour Crazy, et merci de nous accorder un peu de ton temps pour cette interview.
« De rien de rien c’est normal et ça me fait plaisir de pouvoir échanger avec Streetiz »

Tout d’abord pour commencer, j’aimerais que tu nous dises combien d’heures de mise en place et de répétitions il a fallu pour mettre en place le spectacle Elektrik, et peut-on dire que ces derniers mois étaient en mode Artistlife?

« Pour ce spectacle on a travaillé intensivement pendant 3 mois à la création et aux répétitions, tous les jours de 9h à 18h et presque du 7j/7. C’est pas Artistlife nous on est des casseurs ça change pas notre quotidien on est toujours en train de s’entraîner, c’est juste qu’ici avec Blanca c’est plus structuré »

A propos des danseurs, il y a eu du changement en comparant l’équipe qui avait fait Elektro Kif, la précèdente création de Blanca Li. Dirais-tu que c’est plus équilibré qu’avec celle d’Elektro Kif, ou que l’osmose est la même ?

« Ce qui est intéressant dans la danse Electro, c’est que ça nous pousse à donner le meilleur de nous-même, et grâce a Blanca, on a pu avoir les bonnes directions à suivre. C’était pas différent, on a souffert ensemble pendant la création. L’équilibre est présent dans les deux troupes et aujourd’hui Filfrap, Goku et Jordy apportent quelque chose d’autre. Peu importe le turn-over, le capitaine c’est Blanca, c’est la metteuse en scène, c’est elle qui fait ses choix. »

On sait que tous ont fait leur chemin depuis Elektro Kif, alors est-ce maintenant plus simple de travailler qu’à l’époque, avec l’expérience etc.. ?

« Nous on bosse ensemble depuis des années, on a l’habitude de se rencontrer en compétition, on fait aussi des vidéos ensemble. En dehors de la sphère danse, on est amis alors on se connait par cœur, on fait tous partie de la même famille. Ce que je veux dire, c’est qu’on n’a pas attendu Blanca Li pour travailler, et les liens étaient déjà créés quand on a été amené à taffer ensemble pour le spectacle. »

Et les chorées ne sont pas plus dures de façon générale ?

« Avec mon crew l’Alliance et depuis 2006, on a toujours effectué un gros travail chorégraphique. Alors pour le coup, je ne ressens pas la différence en terme de niveau. » Crazy rajoute « On a toujours été vachement ouvert et avant-gardistes, le fait que notre travail soit reconnu grâce à notre collaboration avec Blanca confirme une phrase que l’on aime se répéter entre nous pour garder notre motivation : le futur est déjà passé. Elektrik, représente comme d’autres choses le coté lyrique de l’Electro, il faut que les gens sachent qu’il y a vraiment un message à faire passer dans la danse electro. C’est pas que du touch and go et de la rafale. » il conclue « Il y a dix ans en boîte de nuit, jamais on t’aurait cru si tu nous disais qu’il y aura à l’avenir des compagnies, des troupes etc dans l’electro. »

 

Le mélange de l’Electro avec le style contemporain de Blanca Li est quelque chose c’est vrai d’hors-du-commun. Est-ce que tu dirais que seul l’Electro peut produire, peut rendre, un spectacle d’une telle performance ?

« Franchement oui. J’ai participé à de nombreux projets, et là en terme d’intensité de performance, d’énergie, c’est du jamais vu. La plupart des soirs on a des standing ovations, avec un public pas forcément habitué à ce type de spectacle, mais qui ressent ce que l’on veut leur transmettre. »

Alors c’est la deuxième fois que j’assiste au spectacle et je me suis un peu plus concentré sur un point précis ce soir. On peut constater qu’il y a un énorme travail au niveau des ombres et des jeux de lumières tout le long du spectacle. Comment avez-vous travaillé ce point-là ?

« C’est vrai qu’il y a un énorme travail de Blanca Li sur les lumières et sur le son, notamment avec JM Beats et Tao Guttierez pour le son. Quand elle voit les formes et les contorsions qu’on a, elle a tout dans sa tête et imagine ce qui pourrait être visuellement le plus intéressant. C’est par exemple elle qui a imaginé la séquence avec le rideau et le jeu d’ombres pendant le spectacle. » ce qui rend magnifiquement bien à l’oeil du public et ce qui est une des meilleures parties du spectacle pour moi, « D’ailleurs big up à Jordy, Big Jay et Vexus car je les ai vus taffer et c’est un gros travail de connexion avec les régisseurs sons et lumières et des heures de répétitions et de coordination pour arriver à ce résultat.

Après Blanca Li, c’est clair qu’elle nous pousse au maximum de nous-mêmes, elle nous a vraiment capté et compris l’essence de l’Electro. Elle, c’est une danseuse electro, c’est la graille. »

 

 

Parlons du Kikashifumi , qui deux ans après son explosion aux yeux du public, est au milieu du spectacle comme un interlude. On sent que c’est une nouvelle étape pour cette petite portion de l’Electro et de l’Alliance, mais ça définit aussi cette culture. Alors quel est le futur du Kikashifumi ?

« KIKA Graille & Flow c’est no excuse no limit, là c’est au théâtre mais bientôt au battle E-Lines de Brice Amnesia où il y aura une vraie compétition de Kikashifumi. Après la prochaine étape c’est boite de nuit, entreprise, collège, lycée, et après pourquoi pas viser les chaines de télévision avec Gulli, Canal J, etc .. »

 

Parlons un peu des médias maintenant. Alors, que vous apporte la pression médiatique et comment ça vous motive ?

« Pour te dire la vérité, moi j’ai commencé avec la danse Electro je suis un danseur Electro pur sang, et avec le temps on a vu une culture qui s’est créée. Et les médias, maintenant ils s’intéressent à l’Electro alors que c’est plus tecktonik, la puissance de notre culture les a fait dépasser cette image. C’est comme si tu allais voir un danseur Hip-Hop aujourd’hui et que tu lui disais mais tu danses le doogie ou le dab, et le fait que même dans les médias on fasse plus ce parallèle-là avec nous, c’est vraiment une consécration, et on peut se dire que le travail de reconquête est terminé. Nous de toute façon dans l’Electro, qu’on parle de nous en bien ou en mal comme on dit oupawlé, si tu kiffes tant mieux, si tu kiffe pas tant pis ( à voir Blanca Li dans On ne peut pas plaire à tout le monde, l’émission de Laurent Ruquier sur France 2, ICI ).

En gros, on est comme des Highlanders, on est partout mais les gens ne s’en rendent pas compte, regarde le nombre de publicités et de clips musicaux aujourd’hui avec de la danse Electro. » ( Exemple La Poste )

 

On a pu voir que tous les médias télé l’invite sur leur plateau, pour toi que représente Blanca Li dans l’electro ?

« Elle est amatrice de nouveautés, avant-gardiste, elle avait fait déjà à l’époque du début du Hip-Hop, avec le film ” Le défi ” et le spectacle ” macadam macadam “. Il faut savoir que Blanca était jury au premier Spear Tournament en 2009, et elle nous a fait confiance. C’est une pointure de la danse, elle a un monde, elle a chorégraphié les Daft Punk. C’est obligé que ça peut que nous booster déjà qu’on est full energy. Blanca Li est la meilleure ambassadrice que l’Electro puisse espérer, car même si c’était la première fois que je la voyais je te dirais qu’elle est Electro rien qu’avec son comportement.»

Est-ce qu’avec Elektrik, tu trouves que vous commencez quelque chose d’autre ?

« Elektrik est le troisième opus de la trilogie, après Elektro Kif et le film ” Elektro mathematrix “. On est simplement dans la continuité. »

Le groupe d’Elektrik est soudé et ça se voit pendant le spectacle. On est loin de l’état d’esprit de l’époque Vertifight, la guerre, les clash en vidéos, etc.. ?

« Avant, on était attaché au fanion, on défendait le maillot, et aujourd’hui en se professionnalisant on a eu tendance a plus travailler les uns avec les autres, entre crews.

Mais après s’il faut laver, on y va, et on y va à fond comme avant. Mais on représente aussi tout une culture pendant les spectacles, on représente tout le monde, la famille, tous les gens de la culture. Avant de monter sur scène on pense à ça, il faut qu’on arrive à faire grailler tout le monde. Y’a de la place pour tout le monde, juste faut casser le training. »

Qu’est ce qui t’a plu dans cet interlude du spectacle, de prendre la parole et de faire ressentir ce qu’on vit dans l’Electro à tout le monde avec le Kikashifumi ? Est-ce que tu aimes speaker ?

« Blanca m’a dit faut que ça pète, il faut que tu sois toi-même et que tu réussisses a enjailler le public qui a payé pour voir le spectacle, que tu les remplisses de joie de vivre.

J’aime pas parler particulièrement, je suis plus dans le spirit et le ressenti, j’essaye de comprendre un peu tout le monde. Aujourd’hui les gens sont remplis de plainte, et on a envie de montrer que ce spectacle c’est du positif et quand je prends la parole au milieu du spectacle, c’est naturel, je me prends pas la tête j’ai simplement envie de changer la morosité des gens. Tout le monde en a besoin. »

 

 

À propos de toi en solo, Crazy, qu’en est-il depuis ta démo au battle C4 dont on se rappelle forcément, est-ce que en fait tu t’effaces pour laisser la place à la Nouvelle Generation ?


« Ce n’est pas que je m’efface mais en vrai, y’a pas de contest au niveau. Si c’est pour toujours faire des classico Crazy Milliard etc.. c’est pas la peine. Je suis quelqu’un de curieux de base, j’aime bien voir les gens se la donner. J’ai la conscience d’avoir un blaze et j’ai pas envie de faire de l’ombre, je veux voir comment les gens se lâchent. Moi on me connaît, si faut prendre le micro et se remplir avec quelqu’un j’y vais, mais y’a pas assez de nouveautés aujourd’hui. J’estime qu’avec mon standing et mon travail, il faut absolument une grosse compétition, pas forcément en money price mais en termes de structure pour en faire une grosse compétition là d’accord pourquoi pas. Mais faut pas penser qu’on se met en retrait. »


Tu trouves que c’est dommage qu’il n’y ait plus le Vertifight ?

« Ils nous ont ouvert une porte, ouvert la voie, et si on est des machines aujourd’hui c’est grâce a eux. Merci à Youval, Steadygun, Hagson, qui faisaient des évents tous les mois. En plus c’était la mentalité ” T’ouvres ta gueule c’est dans le cercle”, et voilà qu’il nous ont expliqué que c’est maintenant que ça se passe (après le Verti CQFD), les danseurs electro ne se donnent pas comme il faut.

Les organisateurs du Vertifight nous en veulent, un peu, car les remerciements n’étaient pas présents de la part des danseurs.

Si je rajoute ma touche, je dirais que 2011Alliance WASH, 2012 Vertifight Monde Alliance WASH et 2016 le dernier Vertifight, ALLIANCE WASH donc en gros nous sommes les undertakers du Vertifight. »

 

Tout le monde est au courant que l’été prochain à Durango aura lieu le championnat du Monde d’Electro au Mexique. C’est un peu la hype du moment dans l’Electro on en parle beaucoup, êtes-vous dedans avec l’Alliance ?

« Pas du tout, personnellement. C’est beaucoup de travail pour préparer un championnat du Monde et je sens pas l’engouement. Aussi, j’ai pas envie que ça devienne comme la boxe tu vois, avec 20 championnat du monde.

C’est vrai que j’ai entendu dire qu’il y avait une idée de créer une ligue de danseurs français pour aller se taper là-bas, mais il y a beaucoup de dates à venir avant cet été. En plus au niveau de l’organisation, on voit que ça pète au Mexique et en Amérique du Sud, mais nous en France on a pas trop d’échos, on sait même pas qui sont les jurys ?! Ça n’empêche que c’est un taff énorme et gros big up à Rozen, Dano, Buzz etc..

 

On va maintenant entrer dans le vif du sujet Crazy, et c’est à propos de l’ultime Spear Tournament qui conclura presque 10 années de battle. Il aura lieu quand et où ?

« On a un partenariat avec La Villette, et dans l’idée ça serait là-bas bien sûr mais l’endroit où il se déroulerait serait plus grand, plus vaste. Mais j’en dis pas plus, mais il n’y a pas de date encore. On va essayer mettre une date qui va pas faire d’ombre aux évènements du poto, en l’occurrence il s’agit de Milliard RK, qui m’a dit et je vous le dévoile aujourd’hui en exclusivité mondiale pour Streetiz, qu’il y aurait des dates LRC en fin d’année, et évidemment on marchera pas sur les autres Electro event.

 

(Après avoir discuté avec Milliard pour qu’il nous valide l’exclusivité de cette BIG NEWS et pour des précisions autour de son battle, il nous annonce qu’il y aura un LRC le mercredi 29 août, dans le cadre du battle Fusion Concept et donc pour faire découvrir la danse Electro à un large public qui ne viendrait pas forcément de la culture Electro.

Et ensuite la 2ème HUGE annonce que Milliard nous confiera est qu’un DEUXIEME LRC AURA LIEU EN CETTE FIN D’ANNEE 2018, et plus précisément fin octobre, où aura lieu le festival Electro/Hip-hop du LRC sur un week-end, avec des battles dans 5 catégories, dont le retour du fameux Team Vs Team)

 

 

Cet été et comme le précèdent, y’aura-t-il un Kika Summer Break ?

« Absolument oui, et cette fois-ci délocalisé en Russie. ( !!!) Ça sera à Saint-Petersbourg pour ce stage d’été, ça se fait grâce à l’aide de Puzhlivaya la danseuse qui est venue participer aux deux derniers Spear.
En France ça va se refaire, mais c’était peut-être un peu trop tôt l’année dernière, tu vois ça va de pair avec le travail de reconquête, on peut voir qu’il y a une nouvelle génération qui arrive.

Il faut du renouveau electroisthefuture, mais le futur est déjà passé.

 

Tu avais dit dans une interview précédente avec Milliard, que l’Electro était un art, tu peux nous parler de ça, de ta vision au niveau culturelle de l’Electro.

« Oui j’avais dit ça, une culture devient un art quand elle influence partout dans le monde. C’est nous les précurseurs et les étrangers nous regardent, on se fait même dépasser par eux (En termes de structures) car ils ont hérité d’un style codifié, et ils le prennent comme un art à part entière, il y a déjà plusieurs écoles de danse Electro qui ont vu le jour (Maroc, Mexique et Russie entre autre). Nous on essaye sans cesse des nouveaux styles des nouveaux trucs , c’est la qu’est notre force.

Maintenant que notre culture est un art et qu’il commence à être plus largement reconnu en tant que tel, il faut commencer à créer des académies d’Electro, où on apprendrait les différents levels de rafales de level 1 à level 6, les touch & go de niveau facile à extrême etc ..

 

 

Pour finir cet interview Crazy, comment vois-tu l’Electro dans quelques années ?

« Ce que je vais dire ça va être un peu visionnaire, mais je pense qu’on pourra la mettre dans le même sac que les autres danses partout dans le monde, tango, hip-hop, salsa, etc.. et electro.

Et pourquoi pas dans 10ans voir l’Electro sponsoriser des franchises de Nba ou des clubs de foot de Ligue 1. Il faut aussi garder en vue les Jeux Olympiques de Paris 2024.

Nous l’Alliance, on s’impose pas de limite, on regarde toujours vers le haut, on a notre propre marque de vêtements, on travaille avec des créateurs de mode comme Maison Mourcel, il faut continuer à avancer pour créer son propre chemin.

En gros, c’est no excuse no limit Kika graille & flow !!!!

 

 

Le spectacle Elektrik de la metteuse en scène Blanca Li se déroulait jusqu’au 14 avril et Crazy nous le confirme qu’avec le succès des représentations à Paris, « il y aura une trentaine de dates supplémentaires en France et partout dans le monde. »

Elektrik et l’Electro dans le monde entier, et c’est pas prêt de s’arrêter.

 

Merci à Crazy pour cette interview, merci aux danseurs d’Elektrik, merci à Blanca Li.

 

Keep it Electro

 

Streetiz

 

Crédit photo : @Petestard